Abidjan expose sa douceur à la 193 Galerie de Paris

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Abidjan est-il doux ? Le qualificatif n’est pas forcément celui qui vient avec l’esprit du capital économique Ivoiregrandissante, en constante expansion, marquée par les stigmates de la guerre civile de 2002-2007 et de la crise post-électorale de 2010-2011.

Mais “Babi [le surnom de la ville] est doux »est bien l’expression choisie par la 193 Gallery, dans le 3e arrondissement de Paris, pour une exposition mettant à l’honneur la vie abidjanaise et l’art contemporain de l’ivoire. “C’est une expression bien connue et très populaire [là-bas]. Il est aussi utilisé pour signifier l’attractivité économique et culturelle de la ville, véritable carrefour en Afrique de l’Ouest »ont déclaré Mary-Lou Ngwe-Secke et Roger Niyigena Karera, commissaires de l’événement.

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Les huit artistes présents incarnent à leur manière la complexité d’Abidjan : une certaine douceur de vivre, l’émergence d’une ville aux côtes sombres, comme la gestion difficile des bidonvilles et des ressources pour les populations, ainsi que la délicate conservation de la nature, face au développement urbain.

Etonante forêt de cocotiers

Dès l’entrée de la galerie, le visiteur pénètre dans une étonnante forêt de cafards. Un petit dessin de troncs entre 1,80 m et 2,40 m de haut, sculptés, galbés, ciselés, polis, peints ou vernis s’offrent devant une immense photo de Ly Lagazelle représentant un collaborateur noir et blanc de Grand-Bassam. Jean Servais Somian fait depuis quelques années l’un de ses compagnons de sculpture et de design. Ses “Demoiselles”créé lors de la pandémie de Covid-19souhaite apporter un peu de douceur et de poésie après cette période troublée.

« Chaque tronc me guide. Chaque pièce a sa propre expression. Ce masque galbé et perlé de petits morceaux d’os est une réécriture du masque africain. Une autre s’inspirait d’une échelle dogon. Deux sont des collections de fleurs d’hibiscus sculptées, qui représentent deux souvenirs d’enfants et l’amour que j’ai pour eux »relève l’artiste.

En image : Quelques oeuvres de l’exposition “Babi est doux”

Inspiré notamment par Piet Mondrian – une malle reproduisant les couleurs de la peinture hollandaise – il est également sensible aux oeuvres de l’architecte, designer et photographe française Charlotte Perriand, du sculpteur sénégalais Ousmane Sow, de l’artiste togolais camerounais Barthélé ou des photographies de sénégalais Omar Victor Diop et Samuel Fosso, né au Cameroun.

Sur l’un des maîtres des murs forestiers, on peut plonger dedans “Fragments” photographique par Ana Zulma. Ces images d’enfants abidjanais, tableaux peints, sont encadrées de bois poli cocotier et verni de Jean Servais Somian, suggérant de petits refuges.

Au sous-sol de la galerie, c’est un autre univers qui attend le visiteur. Bienvenue à Adjamé Liberté 220, nom donné à l’installation de l’artiste Peintre Obou en référence au quartier des 220 logements d’Adjamé, haut lieu du commerce à Abidjan. Deux murs de la parcelle sont entièrement recouverts de petites façades, colorées pour certaines, typiques de cette commune populaire de la ville. Cette immense fresque réalisée en carton les symbolise “Déguerpissements”, nom donné aux opérations d’expulsion qui impliquent régulièrement la population locale.

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Pour son créateur, initiateur du lieu et revendiquant alors sa culture, il est « Parle de l’intimité déconcertante des gens qui habitent les cités d’eau, et plus particulièrement de ceux qui habitent ce quartier ». Liberté 220 a oublié l’artiste qui, à travers son travail, voulait partager « Énergie, efficacité et diversité culturelle » ils ont dit ville.

Au premier étage de la galerie, les œuvres d’Aristide Kouamé sont réalisées à partir d’un matériau surprenant : les langues taillées. Offrant chacune une masse de visage crucifié dans la masse et enfilées entre elles pour signifier l’importance de l’unité d’une nation composée d’une communauté voisine, ces sandales ont été récupérées par l’artiste sur les plages, après avoir été rejetées par l’océan.

“La préservation de la planète par le recyclage et le développement durable s’inscrit dans ma motivation d’intercepter le spectateur”souligne l’artiste, qui a applaudi son fils “Mentor” abidjanais Pascal Konan et s’inspire notamment du sculpteur ghanéen El Anatsui et du plasticien sud-africain Mbongeni Buthelezi.

Un tourbillon de lignes et de couleurs

Pascal Konan est également présent dans cette exposition avec une série de peintures exprimant son enquête sur l’inaction des hommes pour protéger la planète. Plaçant une figure humaine au centre de ses toiles, l’artiste veut encourager l’action individuelle. Comme dans le tableau Le Manipulateuril s’agit de «Interroger le rapport de conduite dans la conduite de nos entreprises. Je suis obsédé en ce moment. Les détenteurs du pouvoir sont l’appel des imbéciles à la piété. Ils ont le semblant de tenir en tête le destin et de guider leur apparence. Ils sont pullulents en ce moment ».

Enfin, les œuvres des frères jumeaux Cédric Tchinan et Ezan Franck, dont Pascal Konan était aussi le maître, représentent souvent des scènes de la vie actuelle. Le premier ministre stylise ses personnages et récolte des fonds grâce à un tourbillon de lignes et de couleurs. Le deuxième projet d’apparitions spectrales, perdu dans un univers qui ressemble à des ressources numériques.

“La diversité artistique et les différentes générations présentées lors de cette exposition éclaireraient la richesse de la scène abidjanaise et l’identité cosmopolite de la ville, libre de son expression : peinture, installation, sculpture, design, photographie”conclusion Mary-Lou Ngwe-Secke et Roger Niyigena Karera.

“Babi est doux”, à la Galerie 193, 24 rue Béranger, 75003 Paris. Jusqu’au 28 mai. Du mardi au samedi, de 10h à 19h

La figure violente d’Aboudia chez Artcurial

Les œuvres du plasticien Aboudia, né en 1983 et originaire des quartiers populaires d’Abidjan, évoquent le dynamisme ou la brutalité et le mystère – et sont appréciées du marché de l’art. Trois d’entre elles seront également proposées par la Maison Artcurial lors d’une vente aux enchères qui se tiendra à Paris le 31 mai.

Très inspirée par sa ville natale, où elle pousse dans les quartiers d’Abobo, Yopougon et Treichville, dont les murs sont tapissés de nombreux graffitis, la peinture s’allie à ses toiles spontanées et représente un monde plus sombre qu’il n’y paraît. Il réfléchit notamment sur les difficultés économiques, les inégalités sociales de la ville et les traumatismes hérités de la guerre civile de 2002-2007 et de la bataille d’Abidjan en 2011.

« Mystérieuses et pleines de détails, il faut souvent observer plusieurs fois les œuvres d’Aboudia avant de tout déchiffrer. La révolte de l’artiste dans son milieu urbain résonne aujourd’hui chez des artistes de la grande tradition américaine comme Cy Twombly. L’utilisation insoutenable de la figuration violente rappelle le pouvoir de la peinture de montrer le chaos de la vie »précise Christophe Person, directeur du département Art africain contemporain chez Artcurial.

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