Football. L’ancien directeur général du FC Lorient écrit sur les coulisses d’un club professionnel – Football



Pourquoi avez-vous écrit ce livre “L’important, ce sont les trois points” ?

C’est ma façon naturelle d’être quand j’étais encore au club. J’ai commencé à écrire quelques lignes mais je n’avais pas beaucoup de temps à consacrer. Je ne connais pas de livre qui évoque la gestion d’un club professionnel, le travail effectué en coulisses. J’ai trouvé ce quelqu’un de proche, celui de Ferran Soriano, l’actuel directeur général de Manchester City et ancien vice-président du Barça. Aussi, quand j’ai quitté le FC Lorient, c’était le premier choix que j’ai fait… Au final, ce fut une belle aventure, sans arriéré de succès commerciaux ou autres plaisirs et avec la volonté de pouvoir transmettre à des gens qui aiment les affaires et football, pour montrer ce visage un peu invisible mais pourtant essentiel dans la performance d’une institution sportive.

Pourquoi avez-vous quitté le FC Lorient ?

J’ai passé sept ans au club – une première période de deux ans où j’occupais essentiellement la partie business avec un vice-président (Alex Hayes) qui gérait la partie sportive (2009-2011) – puis une seconde de cinq ans (2015- 2020) où, après la descente en Ligue 2, j’ai récupéré le jeu sportif. C’était une très belle expérience mais je voulais vivre une autre vie. Je souhaite surtout que le club soit en Ligue 1 et son financement avant que je m’en sépare.

Un club bien géré comme une entreprise – ce n’est pas grave – peut créer de très bonnes émotions.

Que retenez-vous de cette période au FC Lorient ?

Le pied reste ma passion. J’ai essayé d’être gardien à Clermont-Ferrand et j’ai échoué pour pouvoir faire de bonnes études après car je n’avais pas le droit d’être manipulé par les regrets. J’ai eu la chance de travailler dans le pied mais pas. Le football est un secteur qui se soucie de son côté managérial et de l’aventure humaine, de l’aventure collective. Quand on fait bien les choses, quand on travaille en équipe, quand on a le temps d’avoir une stratégie et qu’on ne change pas de casquette tous les ans, quand on prend le temps de comprendre qu’un club de foot, c’est une identité très forte sur un territoire… Un club et bien géré comme une entreprise – ce n’est pas grave – peut avoir de très bonnes émotions. Et oui, j’en ai marre d’une relégation, d’une déconnexion un peu forte avec le territoire…

Un club, c’est un business avec des spécificités importantes, comme des résultats très aléatoires mais qui impacte énormément.

Et puis, surtout, quels sont les trois points ?

OUI ! Ce sont les trois points ! Mais pas les résultats. Ces résultats sont une conséquence, pas une cause… Un club, c’est un business avec des spécificités importantes, comme des résultats très élevés mais qui impacte énormément. Aussi, il doit être un peu schizophrène car il doit prendre conscience de l’impact du résultat mais sans pour autant lui donner trop d’importance car il ne correspond pas toujours à la performance réelle. Le fait qu’elle réfléchisse sur l’entreprise, en travaillant sur le côté le plus tangible et en mettant en place la stratégie sans changer à tout moment son cap, c’est mon premier point. Mon deuxième point, c’est l’identité. Regardons Strasbourg aujourd’hui, comme Lorient, c’est désormais la dernière journée de la saison écoulée. Le club fréquente-t-il ses supporters ou d’autres ? Mais il n’y a aucune compréhension du projet, des valeurs, des vers où le club veut tendre. Je suis convaincu que dans un club où il y a un alignement entre le territoire et le club, même quand il y a des moments difficiles, le territoire sera derrière le club. Le troisième point, ce sont les émotions. Mais, vous devez connaître les canaux. Si vous êtes trop dans le passé, vous n’avez plus de projets et vous créez de l’instabilité.

Malgré quelques années, le FC Lorient décroche la 3ème performance financière de l’ensemble des clubs français (12,8% de rentabilité). Ce n’est pas une cause mais une conséquence. Le but n’est pas d’être le club le plus rentable de France mais cela vous permettra de prendre quelques coups.

A quel moment, pour un club comme Lorient par exemple, est-ce important d’être rentable ?

J’ai toujours pensé qu’il ne fallait pas opposer la partie financière d’un club à la partie sportive. Les deux vont de pair et on ne peut privilégier l’un au détriment de l’autre sans se mettre en danger. Il y a un équilibre à trouver. Il faut investir dans le sport mais pas investir dans le rouge financièrement. En Ligue 2, le FC Lorient affiche la 3ème performance financière de l’ensemble des clubs français (12,8% de rentabilité). Ce n’est pas une cause mais une conséquence. Le but n’est pas d’être le club le plus rentable de France mais cela vous permettra de prendre quelques coups, comme une relégation ou des événements imprévisibles comme le covid-19. Comme Lorient n’est pas une grande métropole, cela est dû aux revenus de la vente des joueurs mais je pense que Lorient n’a jamais été le business model d’un club commercial. Les transferts sont importants mais la raison d’être au club ne peut pas être la performance sportive en positionnement en club tremplin.

Et où est la place de tant de clubs de pros en Bretagne ?

Oui. Le passé et le présent le démontrent. C’est la région de France qui compte le plus grand nombre de permis par rapport au nombre d’habitants. De plus, chaque club a sa propre identité. Le FC Lorient est le club de Bretagne Sud, avec un ancrage maritime. Brest est un territoire que je considère un peu plus chauvin. Guingamp, c’est le FC Côte-d’Armor ! Et le Stade Rennais, c’est le club de la capitale qui a passé de nombreuses sélections ces dernières années. Nous devons être fiers d’avoir un club à Fort Bretagne nous aussi !

Sur quoi dors-tu ?

Depuis de nombreux mois maintenant, je travaille avec un conseil sportif – Portas consulting – basé en Angleterre et au Moyen-Orient et en Asie – où j’occupe tout ce qui tourne autour du football. Nous avons de nombreuses missions à l’étranger, avec des institutions internationales, des clubs aussi, pas en France, mais en Serie A (Italie) au Brésil ou au Moyen-Orient. Il permet de découvrir d’autres cultures, d’autres modes de fonctionnement.

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Fabrice Bocquet et bref

39 ans

2007

Master en Entrepreneuriat à HEC Paris.

2009

Premier transfert (jusqu’en 2011) au FC Lorient en tant que directeur du développement, de l’administration et des finances.

2020

Fin du deuxième transfert au FC Lorient entamé en 2015 en tant que directeur général.

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