ils ont créé la ville du futur au Brésil

De notre envoyé spécial à Sao Paulo Loïc Grasset

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A Sao Paulo, Jean Nouvel, Alexandre Allard et Philippe Starck ont ​​créé une citation du futur, verte et vertueuse.

C’est une citation du pouvoir tellurique et urbain subjectif. Un carrefour de matière, d’émotion et de baroque où toute la frénésie aura lieu. Sao Paulo : Vingt fois la superficie de Paris et, avec 12 millions d’habitants, la population de l’Ile de France. Beaucoup d’odieux. Certains d’entre nous adorent. Alexandre Allard, lui, «surkiffe».

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Cet homme d’affaires hors norme, volcan en éruption permanente, que Philippe Stark décrit comme “un parachutiste sans parachute” et “un visionnaire d’une intelligence fulgurante”, imaginé ici une citation du futur, verte et vertueuse. Avec une force d’idée : réparer un suffrage urbain et donner à un centre-ville une mégalopole, verrue de béton vertical, oppressante et puissante, qui manque de cruauté. Il a formé dans ce magma « un groupe de personnes passionnées, créatives, créatives et aimantes » : d’autres designers Philippe Starck, les architectes Jean Nouvel et Rudy Ricciotti ou encore le conglomérat hongkongais Chow Tai Fook, l’une des premières mondiales et propriétaire du luxe Rosewood groupe hôtelier.

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Au coeur de Sao Paulo, les 5 hectares de la ville de Matarazzo.

Au coeur de Sao Paulo, les 5 hectares de la ville de Matarazzo.

© Enrico Dagnino / Paris Match

Devant nous, la Ville de Matarazzo, cinq hectares de verdure et de beauté, à une pierista de la Paulista, les Champs-Élysées de “Sampa”, et devant une maternité ou après un demi-million de bébés de 1943 à l’orée des années 1990. Dans l’environnement d’une végétation luxuriante de jacarandas et de fromagers, des cadavres d’immeubles au chamois jaune, voulus par le Rockefeller brésilien, Francesco Matarazzo, pour la communauté immigrée italienne. Longtemps abandonné, l’ancien hôpital est aujourd’hui restauré en palace, le Rosewood Sao Paulo, pied dessiné par Philippe Starck. Chaque étage, chaque lieu, août et single, est le fruit d’une carte blanche à un artiste brésilien. Ainsi, dans le sixième, le fantôme de virgilio Neto dessinant des murs magiques ou le bar Rabo di Galo au rez-de-chaussée, aux plafonds en maçonnerie de symboles hallucinogènes, hommage à l’arbre psychotrope ayahuasca, de la State House of Espirito dont l’artiste est l’original .

L'un des six restaurants du Rosewood Hotel.

L’un des six restaurants du Rosewood Hotel.

© Enrico Dagnino / Paris Match

Tout en bas de cette oasis urbaine : la Mata Atlântica, tour en bois de 25 étages, conçue par Jean Nouvel. La façade comporte 720 brises faites à Corten, un champ dont l’aspect rouge rappelle la couleur du bois de Pau-Brésil et du bois de rose. Un hommage architectural à la forêt atlantique, un biome qui s’étend le long du littoral brésilien. A voir les rues de l’environnement, en augmentant au fil des frondaisons le meilleur angle, la perspective idéale, on prend la mesure de la passion et de l’énergie que l’architecte a su mesurer dans ce bâtiment emblématique. “La mondialisation des villes est terrifiante”, explique Jean Nouvel. Avec cette tournée, j’ai voulu délivrer un message urbain et scolaire. Oui, il est possible d’éditer ici une propriété de grande taille qui tient compte du territoire et des hommes, et qui entre en dialogue avec la nature. » Sur les terrasses des appartements, jardin suspendu de vertébrés où sont plantés des arbres de 14 mètres avec, au contraire, luxe suprême, un espace réservé aux racines.

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Le bâtiment Ayahuasca, par l'architecte Rudy Ricciotti.  Un bureau, un espace de conférence et d'événement.

Le bâtiment Ayahuasca, par l’architecte Rudy Ricciotti. Un bureau, un espace de conférence et d’événement.

© Enrico Dagnino / Paris Match

Pour transmettre dans le luxe et la créativité l’écran du vieil hôpital decati, envahi par les pleines lianes et les kapokiers aux longues ombres colorées, il y avait beaucoup de persévérance et d’obstination face aux vents contraires et aux escaliers. C’est là qu’intervient Alexandre Allard. Vibrant, furieusement sympathique, il détonne dans le bestiaire entrepreneurial français. Pas à Washington, c’est grand en Côte d’Ivoire. “Je me rencontrais tous les matins en regardant ma peau et en me demandant : ‘Mais bonne chanson ! Pourquoi je ne suis pas noir ? »» Rigole-t-il. Bien sûr, une capacité à résister aux forces de force 12 et une faille latérale et « même pas forte ». Au début des années 1990, le jeune Allard a fait fortune en France dans la tech et la data, à une époque où ces mots n’étaient pas dans le dictionnaire. Il congédie le Royal Monceau, retourne chez les Qataris et tente d’obtenir l’autorisation de transformer l’Hôtel de la Marine, de la place de la Concorde, à Paris, en un espace ouvert dédié à l’art et à l’artisanat d’art.

Un artiste de l'ethnie Pataxo et sa fresque en hommage à l'environnement sur le parking de l'hôtel.

Un artiste de l’ethnie Pataxo et sa fresque en hommage à l’environnement sur le parking de l’hôtel.

© Enrico Dagnino / Paris Match

Convaincu que l’imaginaire de la France n’a plus de pouvoir, ponté par le prestige du patrimoine et la dictature de la normalité, Alexandre Allard cherche aussi une terre pour vivre sa vie urbaine éco-chic et culturelle. Le Brésil s’impose. “Parce que c’est le dernier grand pays de l’âme. Ici perdre une capacité à exciter et créer un autre choix que les constructions rationnelles, explique-t-il. Je cherchais depuis longtemps. Plus de deux ans. » En novembre 2007, sur une photo que lui envoient deux de ses hommes de Sao Paulo, il interviewe Cidade Matarazzo. Malgré tout, il prend un vol pour Sao Paulo. Dans l’avion, il n’arrive pas à dormir, surexcité, en transe. Arrivé à destination, il escalade les palais et tombe instantanément amoureux de “ce lieu magique, ce paradis perdu”.

Dans la chapelle de Santa Luzia, qui date de 1922, le vitrail de l'artiste Vik Muniz.

Dans la chapelle de Santa Luzia, qui date de 1922, le vitrail de l’artiste Vik Muniz.

© Enrico Dagnino / Paris Match

La suite sera tout sauf une longue toison tranquille. Alexandre Allard perd l’appel d’offres pour acheter le terrain, mais réussit à soutenir le spectacle que son rival, le vainqueur, est imparfait et corrompu. Il doit alors trouver des investisseurs. Premier « pitch », fin 2012, dans le groupe américano-hongkongais Rosewood, ténor de l’hôtellerie de luxe (Crillon Paris, Carlyle New York…). Des pros carrés, pointus, qui ne craquent que pour des projets exceptionnels. “Nous sommes allés à Sao Paulo et, là-bas, nous avons eu le coup”, a déclaré Radha Arora, président du groupe. Alex est revenu vers nous, hypnotisé. En quatre heures, le contrat – 700 pages – a été bouclé alors qu’il faut des mois, en général, pour parvenir à un accord. Nous avons adhéré à sa volonté de faire de Matarazzo une destination hors du temps et de la communauté. »

Même chose pour Philippe Starck, directeur artistique bombardé : « Je déclare environ 90 % des projets que je propose. Mais là, je n’avais pas le choix. La vision d’Alexandre était puissante ! Et puis que faire devant tant d’énergie ? Face à moi, c’était « Aguirre, la colère de Dieu » ! Je suis donc devenu son esclave pendant quinze ans, pour une semaine par mois, pour que tous pensent et créent de A à Z. Avec le pouvoir de l’idée, puisque nous sommes dans une vieille maternité, d’accouchement en accouchement. »

Sur le toit de la tour, de g.  À dr.  : Radha Arora, Présidente de Rosewood, Alexandre Allard, Jean Nouvel et Philippe Starc

Sur le toit de la tour, de g. À dr. : Radha Arora, Présidente de Rosewood, Alexandre Allard, Jean Nouvel et Philippe Starc

© Enrico Dagnino / Paris Match

Pour Philippe Starck comme pour Jean Nouvel, l’équation n’a pas été simple. Pas question de se procurer des matériaux du bout du monde alors que le Brésil dispose de matériaux valorisables. Alexandre Allard fait appel aux Ateliers de France pour former des artisans brésiliens aux techniques de placage, de tissage ou de séchage. Afin de trouver les bons chemins pour les semelles et les murs, il visite 780 carrières et construit une utilité de 27 000 mètres carrés. Travaux d’Hercule, nettoyage des abris d’Augius, Hydre de Lerne – l’administration -, toute l’imagerie mythologique ne suffira pas à décrire ce chantier, le plus grand du pays. A cela, il faut ajouter la crise économique brésilienne de 2014, la pire de l’histoire du pays, avec une pièce divisée par deux, le virus Zika, l’arrivée au pouvoir du populiste d’ultra-droite Jair Bolsonaro et C le Covid. “A part un cataclysme nucléaire, Alexandre Allard est en colère, je ne vois pas ce que j’aurais pu faire. J’ai le sentiment d’être un explorateur du XIXème siècle avec caravane, mutineries et coups d’Etat de Jarnac, et de vivre une aventure amoureuse. Au cours des cinq dernières années, son budget a plus que doublé, atteignant 1,2 à 2,7 milliards en immobilier, soit 550 millions d’euros. “J’ai fait de la moquette, j’ai fait tout ce que j’ai fait, j’ai passé des nuits sans dormir, car chaque mois, il ne payait pas 15 000 chèques de paie. »

Pire, c’est que le projet n’est pas sur. Dans une enceinte de Rosewood Sao Paulo, des tracteurs et des excavatrices fonctionnent toujours. De zéro, en 2023, le plus grand centre d’exposition d’art du Brésil, le commerce, un marché bio et 34 restaurants dirigés par des chefs locaux seront lancés. Après les cathédrales, il créera les liturgies, puisque le promoteur français deviendra de facto, dans un avenir proche, le premier producteur de contenus culturels du pays : expositions, concerts… « Le résultat est bluffant. La ville de Matarazzo sera une ville dans la ville, un lieu générique et un catalyseur de la créativité sud-américaine », s’enthousiasme Jean Nouvel, qui fait le premier grand voyage de la France depuis deux ans. “Ça n’a pas été facile de continuer pendant vingt ans avec la même force, la même énergie.” Mais, enfin, on a un vrai paradis, un concentré d’art, de qualité et d’émotion durable », conclut Philippe Starck. Le dessinateur vient de rentrer. Avec Alexandre Allard, il travaille déjà sur un autre projet encore plus gros, plus fou, plus gros. Et toujours au Brésil. Mais où? São Paulo ? “Peut être. » Salvador de Bahia ? “Possible. » Pour le reste, mystère et bossa-nova.

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