La Chine fait partie de notre assassinat de vignoble

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Depuis 2008, la filière viticole a vu de nombreux domaines français passer sous le giro des investisseurs chinois. La crise sanitaire et l’érosion majeure des autorités chinoises sur leurs gros portefeuilles ont considérablement fragilisé ces domaines vitaux. Certains châteaux ont été placés sous redressement judiciaire.

Depuis des années, on assiste à un phénomène de prééminence prometteuse pour la filière viticole française : la filière a investi dans les grands portefeuilles chinois des régions viticoles les plus prestigieuses de Bordeaux et plus globalement du Sud-Ouest français. Dans l’Entre-deux-Mers, de 2008 à 2018, ce ne sont pas moins de 150 domaines qui sont passés sous le coup d’investisseurs venus de Chine, soit 3% du patrimoine viticole national. Face au phénomène, les professionnels du secteur ne sont pas d’accord : “Il faut avoir un double regard sur ces investissements, insiste Paul Fabre, directeur de l’Interprofession des vins du sud-ouest (IVSO), à La Dépêche du Midi. D’une part, nous ne pouvons pas négliger le fait que nous avons une acquisition de terres viticoles de la part d’investisseurs chinois. Pourtant, avec ces partenariats internationaux, vous exportez l’image du produit vers l’extérieur et vous dynamisez le territoire. »

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Des “situations économiques difficiles”

Investir dans la vigne ? Ok, à condition que le projet financier soit bien géré. Après des premières années d’euphorie, les investisseurs chinois ont finalement rencontré de nombreuses difficultés pour gérer leur nouveau patrimoine. Le château du Pic en Gironde en est un parfait exemple. L’édifice et les terrains ont été achetés en 2012 par Shourui Wu, un distributeur de thé et importateur d’alcool en Chine. En l’espace de sept ans, le domaine est finalement revenu à deux reprises. Date du dernier propriétaire : la famille Xu. Voilà deux ans que les maîtres des lieux ne revenaient pas sur le site. Depuis, les six employés du domaine sont payés par intermittence.

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Au Château Tour Saint-Pierre, à Saint-Émilion (Gironde), la même chose se produit : l’employeur n’a pas donné signe de vie depuis trois ans et les salariés leur reprochent eux aussi de nombreux retards sur leur paie. Châteaux qui mettent la clé sous le portail, retards de paiement et recours judiciaires pour de nombreux propriétaires : Paul Fabre décrit “des situations économiques difficiles pour certaines entreprises de Bordeaux et du Sud-Ouest et probablement d’Occitanie”.

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Contrôle drastique de Pékin

Ces difficultés, comment les expliquer ? Le Covid à bord, qui, pour les hommes d’affaires chinois, a compliqué la gestion à distance de ces zones vitales. Mais pas tant que le gouvernement de Xi Jinping a récemment décidé de reprendre les investissements chinois à l’étranger : plan d’investissement nécessaire », explique Laurence Lemaire, auteure du livre Le Vin, le rouge, la Chine (Sirène, 2014). En pratique, Pékin exerce un contrôle drastique sur les devises émises par la Chine, ce qui ne facilite pas la vie des investisseurs restant en place.

Plusieurs professionnels du secteur soulignent enfin qu’il y a un problème d’expérience viticole. “Certains aimeraient se faire plaisir et s’investir dans des métiers où ils n’étaient pas compétents”, explique Christophe Chateau, commissaire général de Bordeaux. Ils sont plantés. »

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Paul Fabre a gardé l’exemple frappant d’un groupe d’hommes d’affaires qui, il y a quelques années, a voulu acheter la victoire du Frontonnais : “Les investisseurs avaient une vision globale du projet et voulaient l’imposer. En tant que distributeurs exclusifs de tout le vignoble , explique le réalisateur. Il n’y avait évidemment aucune connaissance d’un certain nombre de choses… »

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