le virus a circulé plus qu’annoncé

Le nombre de cas officiels de Covid-19 en Afrique est particulièrement faible par rapport à ceux en Europe, en Asie ou aux Amériques, comme l’indique le centre de données de l’agence de presse Reuters. À titre d’exemple, l’Afrique a décliné au moins deux fois plus longtemps que l’Europe a connu le début de la pandémie. Cela reste impressionnant, compte tenu de la contagiosité du virus et des faibles taux de vaccination sur le continent africain.

Pour tenter de comprendre cette situation, plusieurs enquêtes ont été menées. C’est d’enquêtes de séroprévalence (qui témoigne d’un contact avec le virus, ndlr) menacé dans six pays africains (Mali, Niger, Kenya, Soudan, République démocratique du Congo (RDC), Cameroun). Elles ont été réalisées par le Centre Epidémiologique Epicenter Center, rattaché à l’ONG Médecins Sans Frontières (MSF). Ce centre rend ses données publiques il y a quelques jours, le 16 décembre 2021

Les résultats sont édifiants. Dans chacun des pays où une enquête a été menée, le taux d’infection calculé dépasse largement les chiffres officiels nationaux. Selon l’étude, 42% des Nigérians ont été infectés par le Covid-19, à un moment ou à un autre, alors que le taux national officiel était de 0,02%. Au Mali, il est d’environ 25% contre 0,07% et au Soudan, d’environ 34% contre 0,08%. Comment expliquer le t-on de telles lacunes ?

La contrainte est que le pourcentage de personnes asymptomatiques (qui ne présentent aucun symptôme, ndlr) est beaucoup plus élevé en Afrique.

Yap Boum, actuel représentant du Centre Epidémiologiste Epicentre pour l’Afrique, la branche de Médecins Sans Frontières (MSF)

Chiffres officiels officiels inférieurs à ceux présentés dans l’étude

Si les chiffres officiels sont faibles, il ne sera pas question de sous-estimation par les autorités, selon l’actuel représentant de l’Epicentre Center for Africa, Yap Boum. Selon lui, les gouvernements n’ont aucun intérêt à camoufler des chiffres aux yeux de la communauté internationale.

Le problème vient plutôt du fait que la maladie était détectable par peu de personnes en Afrique. « La contrainte est que le pourcentage de personnes asymptomatiques (qui ne présentent aucun symptôme, ndlr) est beaucoup plus élevé en Afrique. Ils n’ont pas besoin de se mettre en quatre »explique Yap Boum.

En revanche, les données sanitaires en Afrique sont moins reproductibles que sur les autres continents et ne permettent pas de calculer précisément le nombre de personnes contaminées. Les enquêtes de prévalence sérieuses d’Epicentre visent précisément à remédier à ce manque de données.

Beaucoup de contaminations, peu de formes graves

Ces enquêtes révèlent que « le virus a circulé de manière importante mais il a moins de formes graves qu’ailleurs », comme l’explique Yap Boum. De nombreuses études scientifiques montrent que les jeunes sont moins susceptibles de développer des formes graves de la maladie. Or, la population du continent africain est la plus jeune du monde : 60% des Africains ont moins de 25 ans, selon les données de l’ONU. Cela pourrait expliquer pourquoi les hôpitaux n’étaient pas complètement saturés.

L’enquête confirme, au passage, une autre hypothèse : les personnes âgées et les personnes avec des comorbidités, c’est-à-dire avec les problèmes associés à une maladie primaire, sont les personnes les plus à risque, comme c’était le cas partout dans le monde.

Comme on sait désormais qu’un virus circule de manière importante, il faut protéger les personnes les plus vulnérables

Yap Boum, actuel représentant du Centre Epidémiologiste Epicentre pour l’Afrique, la branche de Médecins Sans Frontières (MSF)

Cibler l’aide sur les personnes à risque, cibler les campagnes de vaccination

Parmi ces affirmations, l’enquête permet de cibler deux modes d’action pour Médecins Sans Frontières (MSF). Tout d’abord, il est important de protéger et de prioriser les personnes à risque à cause du virus en circulation. Par exemple, au Niger, “Il n’est pas nécessaire de vacciner toute la population, l’âge moyen est de 15 ans, et l’étude a révélé que 42% de la population était séropositive. », selon Yap Boum. C’est une mission très compliquée, surtout pour les populations isolées.

A (re)voir : Kenya : Une campagne de vaccination contre le difficile Covid-19

Deuxièmement, l’enquête permet de cibler les lieux où les campagnes de vaccination doivent être privilégiées. Au Cameroun, par exemple, le gouvernement veut étendre sa campagne de vaccination, notamment la Coupe d’Afrique des nations (la compétition débute le 9 janvier 2022, ndlr).

A (re)voir : Covid-19 au Cameroun : la campagne de vaccination n’a pas lieu

Des enquêtes différentes, des résultats qui convergent à l’échelle du continent africain

L’étude a été menée dans six pays nous alignant géographiquement avec les autres. De plus, le centre épidémiologique a utilisé des méthodes différentes pour chaque enquête. Au Niger, l’enquête a ciblé le personnel de santé. Au Kenya, Epicentre a reçu des poches de donneurs de chansons pour étudier la proportion d’anticorps présents. Dans le cas du Cameroun, le Centre épidémiologique a mené cette fois une enquête nationale. Des tests ont été effectués sur près de 8 000 personnes dans dix régions du pays. De plus, 21 000 personnes décédées ont été autopsiées pour savoir si elles étaient mortes du Covid-19. ” Soit, au final, les résultats sont plus ou moins comparables. », explique Yap Boum. Selon lui, elles sont donc généralisables à l’échelle du continent africain.

L’épidémiologiste et son équipe n’ont pas fini d’enquêter sur le continent africain. “Ces enquêtes sont dynamiques”, on vous l’explique. Ils évoluent avec le temps, en fonction des variations du virus lui-même.

Aperçu de l’étude Prochaine : la transmission du virus et l’évolution des variantes après la Coupe d’Afrique des nations (CAN) au Cameroun le mois prochain. Le tournoi a eu lieu il y a deux semaines si des rapports possibles suivis d’une augmentation du nombre de cas dans le pays. Cela aura enfin lieu.

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