Les Vikings – Causeur

Les Vikings sont à la mode. Séries, livres, jeux vidéo : les Ados se passionnent pour les rites virils de leurs piliers scandinaves adorés depuis plusieurs années. Réussissez à votre tour – le professeur Brighelli vous dit pourquoi – en visionnant le film de Robert Eggers, avec notamment Nicole Kidman, Alexander Skarsgård, Willem Dafoe, Björk ou Ethan Hawke pour diffusion…


Après les livres, les séries et les jeux vidéo, “Le Nordique » réunis sur scène tour à tour ces guerriers des âges farouches – en rectifiant certaines idées que l’on peut avoir sur ce qui est possible dans le royaume de Danemark.

Si pour vous Hamlet est un prince hésitant, porté dans les jupes de sa belle-mère, équilibrant des incohérences métaphysiques – être ou ne pas être, il y a quelque chose de pourri dans le royaume du Danemark – avant la cascade où elle se trouvait pauvre Yorickcraque pour Ophélie sans même avoir l’idée du sauter et est finalement plus féminine que virile – et sinon c’était joué par Sarah Bernhardt en son temps -, oubliez tout, et allez voir L’homme du nordqui enlève les balanciers à l’heure pour laquelle il est de ces temps de grande sauvagerie.

Bien sûr, ça ne plaît pas à Hamlet, mais à Amleth : il faut être comme un auteur élisabéthain pour avoir inventé le H., mesure 1m94 et se queue en hercule. A part ça, c’est scandinave – c’est bien le seul point commun avec le drame lugubre de Shakespeare. Les scénaristes ont considéré la pièce à partir de 1601, ils sont liés à la source, à la Gesta Danorum de Saxo Grammaticus, qui a vécu entre les XIIe et XIIIe siècles. Sans oublier de relire la Saga de Ragnarr Lodbrokvendu sur votre site préféré.

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Il s’agit de Nicole Kidman (avec qui Skarsgård a joué dans la série “De gros petits mensonges “, c’était son époque) qui est sa mère, la reine Gudrun – et non Gertrude : la “barde” de Strafford-upon-Avon ne connaissait pas grand-chose à l’onomastique scandinave. Elle a bien conspiré avec son beau-frère pour la mort de son époque – mais pas pour le poison de l’oreille : dans le lacérant des flèches et dans le décapitant pour le compte, chez ces peuples du Nord, la force de ‘ un homme regarde le nombre de couronnes qu’il collectionne ; et c’est le crime de ne pas aller au Valhalla. Tout l’enfuit du jeune Amleth, se fait viking, va massacrer quelques Russes (le film vous fait votre récit de femmes violettes, d’enfants vifs brûlés, de chevaux d’ébène – par ordre d’importation, bien sûr), et revient en si des esclaves manipulent les terres de L’Islande (en fait, l’Irlande du Nord, dans le vallon d’Antrim, c’est là que se situe la Chaussée des Géants), où ils sont réfugiés avec leur mère et leur coquin, le roi Fjölnir l’Infrère.

Je ne divulgâcherai pas les pourtours (nombreux et sanglantes) ni la nageoire – conforme à la fin du morceau, décapitations en plus. Le film est une pure merveille cinématographique, traité en couleurs saturées (cela s’appelle parfois « 300 »), dans l’esthétique d’un roman graphique, avec quelques références évidentes (la conquête de la vengeance, par exemple, enchâssée dans le squelette spectral de un vieux chef envoyé dans un tumulus) à Conan le Barbare. Et si vous ignorez de quel métal étaient faites les belles épopées du Ixe siècle, je vous conseille de visionner cet admirable documentaire sur la forge d’une pomme Ulfberht, le haut de gamme des boiteux vikings.

Je vous conseille de voir si c’est possible en VO : les héros parlent une langue brute qui est approximativement issue de l’anglais médiéval – pour cela, prenez l’anglais ordinaire et roulez le R comme la police encore l’Ecossais. Nous sommes à une époque où le blabla compte moins que l’action. Lorsque tout le jeune Amleth a été tué par un frère de l’enfant Fjölnir, il n’a pas suppléé, il n’est pas mort, il n’a pas invoqué les droits de l’enfant – il l’a tué d’un coup de dent. Et quand il la retrouve, de plus, il déplore son boiteux par la crainte fidèle d’avoir été crucifié face à cette brute. Bravo pour sa ruse.

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Si vous utilisez des gimmicks contemporains, de tous ces hommes qui se lamentent et cherchent à se plaindre, il est temps pour vous de revenir aux belles blondes brutes qui considèrent que seule la mort au combat était digne. Ces personnes n’étaient pas du genre à se cacher derrière un masque et des protocoles sanitaires pour éviter d’attraper une rumeur ; quand on baigne tout dans les fjords, on est vacciné contre la charcuterie.

Après 2h17 de chance, vous regarderez à vos côtés la pomme qui vous permettra de régler quelques comptes urgents avec des contemporains plus qu’intérimaires. Et s’il faut absolument un prétexte culturel pour plaire, eh bien, c’est ce qu’on appelle la catharsis.

The Northman de Robert Eggers, dans les salles le 11 mai 2022.

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