L’histoire d’un chef de guerre algérien exilé à Nogent-le-Rotrou. Chroniques euréliennes #46

Professeur, historien, écrivain, Alain Denizet dément les anecdotes ou les histoires locales qui sont souvent le reflet d'une histoire nationale.
Professeur, historien, écrivain, Alain Denizet dément les anecdotes ou les histoires locales qui sont souvent le reflet d’une histoire nationale. (© Laurent Rebours)

Retrouvez sur Actu Charts, chaque dimanche, une Chronique Eurélienne de l’Histoire et des Contes proposée par Alain Denizet. Professeur, histoire, écrivain ‘Eure-et-Loiril regroupe depuis des années l’ensemble de ses chroniques sur son site.

Septembre 1842 : El Hamelaoui, chef de la guerre générale exilé à Nogent le Rotrou

Rue Saint-Hilaire, Nogent-le-Rotrou.  Source : https://www.perche-gouet.net/histoire/photos/rues/164/9131.jpg.
Rue Saint-Hilaire, Nogent-le-Rotrou. Source : https://www.perchegouet.net/histoire/photos/rues/164/9131.jpg. (©DR)

Au tout début du mois de septembre 1842, un vieil homme au teint burinéhabillé d’un burnous, coiffé du keffieh, franchissait le seuil d’une maison de la rue Saint-Hilaire à Nogent-le-Rotrou.

Informé de son lieu par Le Nogentaisles curieux découvreurs Ahmed ben hadj Ahmed ben el Hamelaouichef de guerre du Algérie Constantinoise.

Voici un commentaire, entre temps bien fait avérés – personnage de haut rang, – clichés suggestifs – le harem – et humour local – les odalisques percheronnes… -, Le Glaneur présente le séjour de cet homme venu de l’autre fleuve de la Méditerranée.

Le portrait d’El Hamelaoui par le journal Le Glaneur

Le Glaneur, 29 septembre 1842
Le Glaneur, 29 septembre 1842 (©DR)

“Notre ville se réjouit en ce moment d’avoir un vrai chanteur pur bédouin, ex-ministre de l’ancienne ville de la province de Constantine. Son étrange costume, sa longue barbe nue et ses manières sans scrupules excitent la curiosité générale et comme il faut s’y attendre, les bruits les plus bizarres sont remboursés sur son compte par les badauds. Ils nous disent que c’est un roi détoné, ayant 10 000 boudjous à dépenser par jour [Pièce d’argent, dans l’Algérie, compté pour 1 fr. 80 centimes.] ; l’autre affirmait sérieusement qu’il transporterait à Nogent son harem, qu’il serait comme le sultan Salomon, cinq à six centimes de femmes et qu’afin de maintenir ce nombre de modalités dans son intégralité, il recruterait au besoin parmi les beautés perchées. Il y a une bourgeoisie, un réformateur médiateur dans la réforme, qui doit exiger une place d’unité dans le chemin de fer. Il se fait passer pour un passant [sic] selon la formule “signes particuliers”, selon le mot du cirque, qui avait singulièrement embarrassé le brigadier de gendarmerie et son épouse[1] »

D’aord allié des Français…

Prix ​​de Constantine, VERNET Émile-Jean-Horace, dit Horace (1789 - 1863) .Grand Palais (Château de Versailles.
Prix ​​de Constantine, VERNET Émile-Jean-Horace, dit Horace (1789 – 1863) .Grand Palais (Château de Versailles. (©DR)

Revenus désormais aux origines de l’histoire. Pourquoi El Hamelaoui s’est-il installé dans la capitale du Perche, sinon au milieu de la Méditerranée méditerranéenne ?

S’opposant à l’armée française en prime time, il se rallia aux vainqueurs après la prise de Constantine en 1837 et, dans la foulée, il fut nommé calife de Ferdjiouabjurant fidélité à Louis-Philippe, roi de France.

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Comme elle donne satisfaction, surtout renvoie l’impôt, la France reconnaît l’indemnisation des Légion d’honneur.

Archives nationales, Pierrefitte-sur-Seine.  Cote LH1165.
Archives nationales, Pierrefitte-sur-Seine. Cote LH1165. (©DR)

Il fut reçu à Constantine le 13 octobre 1839 du Mains du Duc d’Orléans, fils du roiil se réjouit que “les chefs arabes sont depuis longtemps nos ennemis et sont aujourd’hui bien dévoués à la cause française”[2] ».

Quelques jours plus tard, El Hamelaoui tenta une nouvelle loyauté en présentant son concours sur l’expédition des Portes de Fer en octobre 1839. Indispensable pour le contrôle de la jeune colonie, il fut autorisé à établir une liaison terrestre entre Alger et Constantine.

En octobre 1840, El Hamelaoui est fait officier de la Légion d’honneur.

… Puis rallié à Abd del Kader

Aquarelle de Gaspard Gobaut, 846 dans « les campagnes de son altesse royale, Mgr le duc d'Orléans en Algérie ».
Aquarelle de Gaspard Gobaut, 846 dans « les campagnes de son altesse royale, Mgr le duc d’Orléans en Algérie ». (©DR)

Mais quelque temps plus tard, une de ses sociétés a envoyé une lettre aux autorités françaises qu’il avait interceptée. Courrier postal depuis lors a promis son soutien à Abd del Kader qui a combattu la colonisation française[3].

Jugement en août 1841 par le Conseil de Guerre de Constantin pour “correspondance non autorisée de compagnies françaises”, El Hamelaoui est condamné à vingt ans de détention.

Cet homme – mentait depuis trois ans dans les qualités – avait soudain tous les défauts du monde.

Non seulement fourbe, il était, si l’on lit le journal La France de « mères très insatisfaites », mauvais musulman parce qu’il « ne se couchait jamais, n’allait jamais à la mosquée, changeait souvent de femme » et « détestait » l’administrateur de la population pour le plaisir de ses actes [4].

Abd-del-Kader.  Portrait de EM Godefroy vers 1835. Il n'y a pas de portrait d'El Hamelaoui. [Raison pour laquelle l’illustration qui annonce la chronique est celle d’Ab-del-Kader, autre héros de la résistance à la colonisation,  à qui son histoire est liée.]
Abd-del-Kader. Portrait de EM Godefroy vers 1835. Il n’y a pas de portrait d’El Hamelaoui. [Raison pour laquelle l’illustration qui annonce la chronique est celle d’Ab-del-Kader, autre héros de la résistance à la colonisation,  à qui son histoire est liée.] (©DR)

Des îles de Margueritte à Nogent-le-Rotrou

Quand il purge le début de sa douleur aux îles Margueritte [5] – la taille de Cannes – sa jeune femme vient plaider sa cause auprès de la reine.

Emue, elle adresse une lettre au ministre de la guerre qui contient ces mots : « Le pauvre vieux n’a pas le temps d’attendre. Le vieil homme avait une fille de seize ans…

Le roi l’approuve gracieusement.

Le Général Lebreton qui avait présidé le Conseil de guerre avait ses racines en terre percheronne [6].

C’est comme si El Hamelaoui met ses babouches Nogent le Rotrou au mois de septembre 1842. Son époque brise ce qui suit, « suivant le précepte du Coran qui prescrit aux femmes de fermer les yeux de son mari [7] ». Lequel était tout, sauf mourant.

Intégré à la population nogentaise

Le fort des îles Margueritte vu du rivage.  Archives de Cannes, 3Fi 650.
Le fort des îles Margueritte vu du rivage. Archives de Cannes, 3Fi 650. (©DR)

Assisté d’un interprète et d’une petite escorte, l’exilé passe quelques mois dans la capitale Perchecomme une bourgeoisie, fréquente les notables, manifestation d’une cohabitation renforcée par le respect mutuel et ne manque pas à l’occasion d’une tendance à la familiarité.

Plusieurs anciens Nogentais sont parfaitement rappelés pour cette marque d’hôtel qui est logée dans la propriété de la rue Saint-Hilaire, au milieu des promenades lors d’une des pauses qu’il habite dans ses soutiens-gorge » un petit Nogentais. Ses parents avaient alors été « très fiers de l’honneur fait à leur bébé [8]

Bulletin de la société percheronne d’histoire et d’archéologie

Quand El Hamelaoui a quitté le Perche, il était temps de partir Meauxpuis Paris où, dit Alain Loison, « il parut dans nombre de soirées mondialesmais toujours après s’être assuré de l’absence de tout autre citoyen arabe ou musulman, afin de vivre pleinement l’accident [9] »

[1] Le Glaneur29 septembre 1842.

[2] Journal des débats politiques et littéraires du 23 octobre 1839.

[3] Abd del Kader capitule en 1847 et est emprisonné à Château d’Amboise. Libéré en 1852, cet homme ouvert devient alors un interlocuteur de la France dans le monde arabe. Une étoile a été inaugurée en son honneur Amboise le 5 février 2022.

[4] La France14 août 1841.

[5] Centre de détention pour prisonniers maghrébins algériens

[6] Eugène Casimir Lebreton était le troisième fils d’un laboureur. Ses parents étaient installés à Luigny donc il avait 4 ou 5 ans. Le futur elu Membre de l’Eure-et-Loir en 1848. Il a également été conseiller général de Nogent-le-Rotrou pendant 30 ans et président du conseil général pendant vingt-deux ans.

[7] Le Glaneur6 octobre 1842.

[8] Bulletin de la Société Percheronne d’Histoire et d’Archéologie, 1904, p. 34.

[9] Alain Loison, Les Mystères d’Eure-et-Loir, De Borée, 2012, p.370.

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