Pro D2 – Le Grand témoin – Guy Novès : “Carcassonne a su faire le dos rond au bon moment”

De passage à Leucate où il monte une partie de l’année, l’entraîneur le plus haut titre de France, avec le Stade Toulousain (4 coupes d’Europe, 10 titres de champion de France, 1 challenge Yves-du-Manoir, 1 Coupe de France, 1 Trophée des Champions et Trophée 1 Coubertin) et sélectionneur de l’équipe de France entre 2015 et 2017, Guy Novès, a accepté de répondre aux questions de l’Indépendant. Lui qui fut aussi champion de France (1985 et 1986) en tant que joueur (avec 1 Du Manoir et 1 coupe de France) et 7 fois sélectionné en équipe de France, a aussi écrit un livre, son autoportrait (La Tête Haute – Hugo Sport Editions) en 2021 a reversé les bénéfices au club de Leucate.

Vous vous retirez maintenant du terrain. Est-ce cela qui vous manque aujourd’hui ?

Cordialement, non ! Il faut savoir tourner la page même si je ne pense pas le tourner tel qu’il se produit (limogé par Bernard Laporte en décembre 2017, ndlr) après 40 ans sur le terrain en tant que joueur ou entraîneur ou entraîneur. Maintenir, bientôt 1 an et demi mois 70, je pense qu’il est logique de laisser les jeunes prendre le relais.

En sommeil il y a quelques années, comment le rugby a-t-il évolué selon vous ?

Cette évolution a été particulièrement importante avec l’avènement du professionnalisme. Celles-ci ont permis aux joueurs de devenir de véritables athlètes. Pas seulement des joueurs de rugby, mais des athlètes de rugby. Il y a quelques années, à mon âge, les deuxièmes lignes étaient dangereuses sur 2 mètres à gauche et sur 2 mètres à droite. Aujourd’hui, ils sont sur tous les terrains. C’est la véritable évolution physique ! Puis, à partir du moment où nous avons un peu plus de temps pour travailler, notre structure profite du jeu. Peut être un peu excessif. Mais encore une fois, les meilleurs entraîneurs sont ceux qui ont les meilleurs joueurs.

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Avant de devenir entraîneur, vous étiez professeur d’éducation physique. Conseillez-vous aujourd’hui le rugby des enfants dans son aspect éducatif donc social ?

Cordialement oui ! Je viens de l’athlétisme (son record de France du 1.200 mètres en cadet en 3’16’04” dix toujours, ndlr). J’ai aussi fait mon armée dans le bataillon de Joinville. J’étais un athlète à l’époque. Je suis allé au rugby très tard (à 20 ans). Le rugby m’a permis de sauver des enfants qui étaient en difficulté grâce à cette activité collective où les copains, les capitaines ou capitaines sont très importants. Ensuite, c’est un sport où tous les gabarits peuvent jouer. Les vifs, les grands, les costauds, les moins costauds… C’est vrai que notre sport permet justement cette pluralité. Ce sport nous permet d’entrer dans la vraie vie qui est difficile. Il est vrai que le jeu qui se pratique sur le terrain lui est aussi difficile. Il doit être battu dans le bon sens du terme. Ce sport est très pédagogique !

Que pensez-vous du rugby féminin ?

Cela permet à notre sport de se développer autrement. Les filles sont de plus en plus fortes dans cette activité. Cela correspond à certaines mentalités de jeunes femmes et permet, encore une fois, une ouverture importante. Je suis arrivée pour regarder plus de matchs de rugby féminins où l’intelligence, la finesse font partie de leur jeu. Ce n’est pas comme si le retour comme on le voit sur certaines terres. Le rugby féminin est en effet une très belle évolution.

“Ce club (Leucate) est entouré de passionnés”

Quand voyez-vous certains clubs historiques qui n’ont pas passé le stade du professionnalisme, est-ce vraiment bon pour le rugby ?

J’ai joué à l’époque où l’élite, il y avait 80 clubs. Aujourd’hui, c’est le Top 14. Il y a donc un certain nombre de clubs, de villes, de villages qui ont été éliminés en termes de très, très haut niveau. Maintenir, ces clubs se reforment pour pouvoir jouer à un autre niveau. Il y a toujours 350, 500, parfois 1 000 personnes qui se déplacent pour voir ce rugby. Je ne pense pas que le rugby exige une réelle évolution. En termes de professionnalisme, les joueurs s’entraînent 2 fois par jour. A cette époque, c’était 2 fois par semaine. Les clubs n’ont pas suivi le train du professionnalisme car financièrement, l’entreprise a rendu très difficile le soutien des clubs dans ce sens. Mais ça permet aux jeunes de prendre leur retraite dans le rugby, de se développer puis de jouer dans les grands clubs parce qu’ils sont au même niveau. Il ne faut pas croire que le professionnalisme ait vraiment rejeté la formation de ces 40 clubs, qui ont maintenant des clubs moyens ou petits. Je pense qu’au contraire, le monde entier a sa place dans ce rugby actuel.

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Vous résidez régulièrement à Leucate. Que pensez-vous du Sporting, un club amateur ?

Ça me plaît tout le temps. Ce club est entouré de passionnés comme dans tous les clubs français. Il manque des bénévoles, des passionnés pour pouvoir sacrifier chaque jour une partie de sa vie de famille pour se consacrer à ces clubs qui peuvent être moins gais.

Avez-vous vu des matchs de clubs amateurs ?

Je regardais des matchs de rugby à Leucate et franchement, j’ai été agréablement surpris de voir le niveau de jeu de ce genre de club. Quand on joue au rugby dans le rugby de très haut niveau, on est tous du matin, on ne tient pas compte de tout le travail qui a été fait dans les petits clubs et c’est vrai qu’à partir de ce moment là, je a été surpris et encouragé de voir un peu que les jeunes hommes grimpaient sur le terrain. Le public a pris plaisir au terrain. Evidemment, il n’y a pas plus de 80 000 personnes comme au Stade de France mais il y a aussi des gens qui sont concernés et ça attire, encore une fois, la formation, les jeunes, les mamans qui gardent leurs jeunes enfants dans ces clubs parce qu’ils traiter avec des gens passionnés. C’est une belle initiative pour l’entreprise.

Que pensez-vous du RCN qui reprogramme en fin de saison en Nationale ?

C’est difficile de parler de l’extérieur d’un club qu’on connaît de très, très haut niveau depuis qu’il a pu jouer contre Narbonne. Perdre, gagner dans des matchs toujours très tendancieux. A voir Narbonne effectivement aujourd’hui ils sont nombreux, comme Béziers par exemple qui n’est pas très grand et qui joue au même niveau. C’est donc, pour une raison quelconque, une forme logique par rapport aux conditions financières qui nécessitent un rugby de haut niveau. Je pense que, de l’extérieur, à partir du moment où ce club arrivera à trouver le bon équilibre entre la formation, l’encadrement de qualité de ses dirigeants, ce club se retirera de ses censeurs. Cela me rend évident. C’est pour ça qu’il ne se trompe jamais que ce club se moque que c’est un business aujourd’hui.

Connaissez-vous, en tant que joueur ou entraîneur, des situations aussi difficiles ?

Je me suis entraîné au Stade Toulousain et il y a eu des moments où j’ai dû faire les deux manches aussi. À d’autres niveaux, mais faites le tour. J’ai envie de dire : « faites le tour et il y aura des jours meilleurs.

“Aujourd’hui, Christian (Labit) récolte les fruits d’un travail énorme”

Et Carcassonne, avec l’un des plus petits budgets de Pro D2, qui se qualifie pour jouer les péniches, que pensez-vous du travail de Christian Labit ?

(des rires). Ouais Al, ça me semble plutôt merdique, on dirait que BT n’est pas pour moi non plus. Qu’il est devenu aujourd’hui. Mais l’homme avant tout et le fabuleux joueur qui manque de temps ! C’est réussi aujourd’hui, j’ai été ravie. J’écoute, j’écoute. Je l’ai fait quelques fois mais il y en a même une derrière laquelle j’ai choisi. C’est une équipe qui, encore une fois, fait ses tournées au bon moment. Essayer de se débarrasser des critiques à d’autres moments pour aujourd’hui peut être profiter de tout ce travail d’entreprise. Il ne semble pas que l’année prochaine Carcassonne aura les phases finales mais ce qui est aigre, c’est aujourd’hui, Christian récolte les fruits d’un énorme travail.

L’équipe de France ne peut pas vous laisser insensible. Quelle différence et cela pourrait-il être entre ce que vous avez formé et ce que vous avez aujourd’hui ?

C’est une question compliquée ! La première année, je pense qu’il n’y avait pas de différence. Deuxièmement, il l’a évidemment fait. Pour jouer au rugby, pour les joueurs ou pour les entraîneurs, même si aujourd’hui le staff est très important, il y a quelque chose qui est nécessaire, ça demande de la confiance ! Evidemment, tout le monde le sait, cette confiance, dès le départ, n’était pas là. Ni dans un sens ni dans l’autre ! C’était donc très compliqué de pouvoir exploiter toutes les qualités que j’ai pu avoir avec mon staff. Avec un accompagnement qui n’était peut-être pas celui que je souhaitais.

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Avez-vous presque tout à gagner, en tant que joueur et entraîneur, n’avez-vous toujours jamais un rêve devenu réalité ?

Je n’ai jamais été pressé ! J’ai toujours été, je pense, un pragmatique. J’ai commencé à regarder le retriever, avec le personnel avec qui je pouvais travailler, les résultats que nous devions obtenir. C’est avec beaucoup de plaisir que nous l’avons fait, mais je n’ai jamais été un grand fan. J’ai dû beaucoup travailler. J’ai essayé d’être accompagné par les meilleurs entraîneurs possibles, le staff le plus positif, les performeurs les plus compétents et bien sûr des joueurs de très, très grande qualité. Ils sont pour la majorité français ou certains d’entre nous étrangers. En fait, j’ai récemment eu ce matin (Le 5 mai), j’ai envoyé un petit message à Wesley Fofana qui opérait une luxation du biceps. J’ai répondu très gentiment et c’est ce que j’aime aujourd’hui. Il faut savoir qu’il y a des joueurs que j’ai croisés dans ma carrière qui sont tous, pour la plupart, exceptionnels.

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