Serge Brammertz (TPI) : « Le fugitif rwandais Protois Mpiranya a été tué au Zimbabwe sous un faux nom »

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Depuis plus de vingt ans, la justice est le cheval dans le cheval. Protais Mpiranya, le fugitif rwandais le plus recherché pour son implication présumée dans le génocide de 1994, est en réalité mort depuis six ans, c’est ce qu’a annoncé jeudi le “Mécanisme pour les tribunaux pénaux internationaux”. L’équipe d’enquête a confirmé que Mpiranya avait été tué le 5 octobre 2006 à Harare, au Zimbabwe. Retour sur l’Enquête avec Serge Brammertz, le Procureur du Mécanisme, interrogé par Alexandra Brangeon.

RFI : A quel moment Mpiranya a-t-il quitté le Rwanda ?

Serge Brammertz : Il a quitté le Rwanda en septembre 1994 pour obtenir des passeports pour lui et sa famille et il fait partie du Cameroun, pays où une série de génocides avait trouvé refuge. Mais c’est en 1996 après l’arrestation d’autres fugitifs -Bagosora-, qu’il n’était plus vraiment en sécurité et qu’il faisait partie de la RDC, et c’est là qu’il est devenu un des commandants des FDLR (Démocratiques de libération du Rwanda). Il a été combattu avec les forces militaires du Zimbabwe.

RFI : Oui, il s’est battu contre l’armée congolaise de Laurent-Désiré Kabila qui avait fait appel à l’aide du Zimbabwe pour combattre l’armée rwandaise lancée en 1998.

C’est-à-dire qu’il était lui-même un officier supérieur, par ailleurs respecté par les autorités et les forces militaires zimbabwéennes, car il était considéré comme un officier très discipliné. Mais une fois qu’il y a eu accord de paix en 2002, il a été jugé indésirable en RDC, et en ce moment il faisait partie de 2002 au Zimbabwe, où il était manifestement officieux, ce qui a facilité son entrée dans le pays.

Et à l’époque c’était déjà recherché ?

Pour le moment, c’est déjà étudié. Il a été inculpé en 2000 par le tribunal pour le Rwanda, acte d’accusation rendu public en 2002, et en ce moment il y a eu plusieurs arrestations, notamment au Cameroun, puis il a décidé de se réfugier dans le pays où il était probablement le le plus sûr, le plus protégé, et était évidemment le Zimbabwe où il avait évidemment le soutien de certains membres de l’armée.

Quand avez-vous eu l’information sur votre éventuelle présence au Zimbabwe ?

En fait, ça l’est depuis de nombreuses années : quand j’ai repris le Mécanisme, c’était déjà dans les dossiers comme l’une des pistes importantes. C’est déjà à l’ère des raisons créatives qu’on l’a trouvée. En maintenant notre travail évidemment avec les sources, les informateurs et, ces cinq années passées, nous avions beaucoup d’informations contradictoires : nous avions l’information telle qu’il vivait au Zimbabwe, mais nous avions aussi l’information telle qu’elle se trouvait entre l’Afrique du Sud et la RDC, qui ont été impliqués dans des activités politiques, des activités commerciales et il n’y a que quelques-unes de ces pistes – nous avons essayé de nous retirer pour finalement conclure qu’il était au Zimbabwe. Le Zimbabwe a dit pendant de nombreuses années : « Non, nous pensons qu’il n’a jamais été sur notre territoire national ».

Donc, à partir de ce moment-là, vous envoyez des enquêteurs sur place ?

Ces deux dernières années, j’ai moi-même été plusieurs fois sur place. C’est après le départ de Mugabe que j’ai rencontré les deux vice-présidents et le procureur général. Il existe un accord pour la création d’un groupe de travail composé des services de police et de renseignement du ministère des Affaires étrangères. Cette coopération n’a pas été facile ces jours-ci, mais ce n’est qu’une fois que nous, dans notre préoccupation, sommes convaincus qu’au moins en 2002/2003 nous étions physiquement localisés au Zimbabwe, que nous avons vraiment concentré notre enquête sur cette piste-là.

Alors, vous allez à l’endroit et comment allez-vous le trouver ?

Nous avons interrogé toute une série de personnes, de proximité, dans les pays européens et ailleurs dans les pays africains. Nous sommes en fait une piste importante qui était qu’il aurait pu être décidé. On a alors les saisies d’ordinateurs et autres matériels informatiques et on peut remonter les traces comme cela a été décidé.

Nous avons ensuite vérifié les déplacements de toute une série de personnes et y compris des membres de sa famille, nous avons constaté qu’aux dates qui nous intéressent, les membres ont été au Zimbabwe, nous avons ensuite essayé de récupérer ces informations de voyage et une fois notre pensions savaient dans quel cimetière fouiller, nous avons fouillé physiquement dans ce cimetière et avons trouvé un sceau portant l’inscription d’un des pseudonymes qu’il avait utilisés lors de sa fuite : c’était sa dernière identité « Ndume Sambao », l’identité sous laquelle il était mort , et c’est le nom que nous avons trouvé sur la tombe du cimetière.

Donc sur sa tombe il n’y a pas son vrai nom ?

Il n’y a pas de vrai nom pour cela, mais il y a une vraie date de naissance. Nous avons alors demandé aux autorités de procéder à l’exhumation qui a été effectuée il y a trois semaines. L’ADN a été envoyé à l’Institut technique ici à La Haye, il y a deux jours nous avons reçu les résultats et la conclusion qui était notre fugitif.

Cette affaire pose la question de savoir si le fugitif profite parfois…

Oui, la coopération des Etats reste un problème important. Il est difficile de croire qu’une quelconque autorité au Zimbabwe était au courant de sa présence dans le pays. Mais force est de constater que d’une manière générale et que nous voyageons avec tous nos fugitifs, ils ont jusqu’à présent des identités différentes. Ils ont presque tous reçu de vrais passeports avec de faux noms, fournis par les autorités compétentes, ce qui signifie évidemment corruption, paiement de fonctionnaires et je dois dire que les questions d’attente que nous avons envoyées dans ce sens à n’importe quelle série de pays de la région et y compris Ouganda, nous n’avons jamais reçu de réponses satisfaisantes.

Serge Brammertz, procureur belge du
Serge Brammertz, procureur belge du “Mechanism for International Criminal Tribunals”, ici en mars 2019. AFP Photos / Jan HENNOP

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